À propos du programme

Lundi 4 avril 2011
Invoquer Pan, dieu du vent d’été

Claude DEBUSSY : Children’s Corner, (1,5 et 6) pour flûte et harpe
Francis POULENC : Sonate pour flûte et piano
Allegro malinconico, Cantilène, Presto giocoso
Maurice RAVEL : Ma Mère l’Oye, arrangement original de Jean Barutaut issu du Ballet de Ma Mère l’Oye
Prélude, Danse du rouet, Pavane de la Belle au Bois Dormant, Entretiens de la Belle et de la Bête, Petit Poucet, Laideronnette impératrice des Pagodes, Apothéose (le Jardin féerique).
entracte
Claude DEBUSSY : Danses sacrée et profane, pour deux harpes
Chansons de Bilitis, pour flûtes, harpes, célesta

Vent de liberté ? Acheminement vers l’été ? Vent d’été ou vent d’amitié ?
Surprenante formation que celle du concert de ce soir, que Claude Debussy voulut pour une représentation théâtrale des Chansons de Bilitis, le recueil de poèmes en prose de son ami Pierre Louÿs : deux flûtes, deux harpes et un célesta. En 1914, le compositeur réutilisa cette musique de scène pour en faire les Six épigraphes antiques, six pièces brèves pour piano à 4 mains, dont la première porte ce titre : Pour invoquer Pan, dieu du vent d’été.

Claude Debussy (1862-1918) entre au conservatoire de Paris à dix ans, dans la classe de Marmontel, ce vieux maître clermontois chez qui l’on n’apprenait plus le piano, mais où l’on devenait musicien. Très tôt en contact avec la musique russe, bouillonnante dans la capitale française quoique surtout connue des initiés et encore peu jouée, Debussy cherche à donner à sa musique une couleur spéciale qui donnerait le plus de sensations possibles. Très tôt aussi, il saura établir une « correspondance perpétuelle entre le sens de la phrase écrite et l’accent de la phrase chantée ». Premier grand prix de Rome en 1884, il fréquente les milieux artistiques et littéraires de Paris, dont les « Soirées du mardi » présidées par Mallarmé. Le style de Debussy échappe à toute classification. Il a été dit et redit qu’il a fait souffler sur la musique « un vent de liberté », qu’il a « bouleversé les lois de l’harmonie », et qu’il a « ouvert la voie à toutes les audaces ». « Il me semble qu’il aimait la musique comme la tulipe de cristal aime le choc qui tire d’elle un son pur », écrira Colette.

Children’s Corner, le « Coin des enfants », est une suite de six pièces pour piano seul composée entre 1906 et 1908. Il l’a dédiée à sa fille Chouchou alors âgée de trois ans. Souvent utilisé dans l’apprentissage du piano par les jeunes enfants, les pièces exigent en réalité une solide technique. Seront donnés ce soir, dans un arrangement de G. Lambert et Jung-Wha-Lee pour flûte et harpe : Doctor Gradus ad Parnassum (pastiche des études pianistiques), The little Shepherd et Golliwog’s Cake-walk (cake-walk désigne une danse noire américaine et golliwog une poupée de nègre en étoffe).
Les Danses sacrée et profane, de 1904, pour harpe et cordes, seront données dans une transcription pour deux harpes.

La musique de scène pour les Chansons de Bilitis constitue la deuxième phase de l’unique collaboration qui lia Debussy à celui qui fut l’un de ses plus proches et fidèles amis, Pierre Louÿs (1870-1925). De son recueil prétendument « traduit du grec » à la sensualité très fin de siècle (il parut en 1894, juste avant les Nourritures Terrestres d’André Gide), Debussy avait tiré trois superbes mélodies pour soprano et piano (1897/98), déjà annonciatrices de la maturité du compositeur. A leur création (mars 1900), il fut demandé à Debussy d’écrire une brève partition en vue d’une version récitée et mimée des Chansons de Bilitis. La réponse fut un ensemble de dix pièces courtes pour deux flûtes, deux harpes et un célesta, sans lien musical avec les trois mélodies existantes. Tombée dans l’oubli, cette musique fut « recomposée » et concentrée par Debussy en 1914 sous la forme d’une suite pour piano à quatre mains (Six épigraphes antique), métamorphose ultime de ce que Bilitis avait pu inspirer au musicien.

Francis Poulenc (1899-1963) était le fils et le neveu des frères Poulenc, directeurs de la célèbre société de produits chimiques. Camille, l’un des créateurs de l’industrie chimique française moderne, sut s’entourer des chimistes français d’avant-garde, osa mettre en collaboration les chimistes purs et les industriels et se passionna pour les arts, la musique en particulier. C’est dans ce milieu où les chimistes se réunissaient une fois par semaine pour jouer et chanter Bach, Beethoven et Wagner, que grandit Francis. Sa mère le met au piano et son oncle maternel l’initie à Petrouchka et au Sacre du printemps. Poulenc ne fréquentera pas le conservatoire, ne prenant des cours de piano que tardivement, avec Ricardo Vines, qui malmenait son tibia lorsqu’il changeait mal la pédale, lui fera découvrir Debussy, Satie et Stravinsky, et qui jouera ses oeuvres. C’est de ses relations, de ses rencontres, de ses goûts éclectiques et de sa volonté personnelle, que Poulenc forgera son destin. Il se rapprochera donc naturellement de ceux avec qui il formera le « Groupe des Six », des musiciens « qui ont vingt ans au début des années folles, que réunissent des amitiés communes et qui partagent l’esprit nouveau qui souffle sur les arts comme les tendances d’une époque, mais qui refusent de s’inscrire dans une sensibilité commune ». Comme Debussy et Ravel, il composera lui aussi pour Diaghilev un ballet sans sujet, « mais avec simplement des danses et des chansons ». Les Biches, furent un succès en janvier 1924. La Sonate pour flûte et piano, oeuvre tardive, était ébauchée au moment où Poulenc écrivait sa Sonate pour deux pianos. Elle sera crée en juin 1957 au festival de Strasbourg, Jean-Pierre Rampal étant à la flûte et le compositeur au piano. Trois jours plus tôt avait eu lieu la première parisienne des Dialogues des Carmélites, dont la sonate se souvient, Dialogues très bien reçus à la Scala de Milan en janvier de la même année. La forme est « très proche de celle des sonates de Debussy, c’est à dire très libre ». « Vous verrez que c’est très jeune », ajoute-t-il. Le premier mouvement, Allegro malinconico, est semé d’appoggiatures que le piano finira par acquiescer dans l’apaisement de la dernière mesure. Le deuxième mouvement, Cantilène, est parcouru d’une ligne mélodique dépouillée que chante la flûte, portée par l’ombre discrète du piano ; celui-ci ne prend le devant de la scène, avec ampleur, que peu avant la fin. Le troisième mouvement, Presto giocoso, alerte et drôle, fait dialoguer gaiement le piano et la flûte pour finalement résumer les différents thèmes, comme dans une farce un peu haletante.

Maurice Ravel (1875-1937), le seul à être absent du précédent programme de musique française (« Souvenirs d’en France »), est né dans les Pyrénées Atlantiques. Sa famille part pour Paris où l’ambiance artistique et les goûts de ses parents développent très vite sa sensibilité musicale. Au Conservatoire de Paris, il est l’élève de Charles de Bériot (en même temps que Ricardo Vines qui deviendra son pianiste attitré), et de Fauré pour la composition. Enthousiasmé par la musique de Liszt (dont dérivera le style de ses oeuvres pour piano) de Chabrier et Satie, admirateur de Mozart, Saint-Saëns, Debussy et des Russes du groupe des cinq, imprégné de la lecture de Baudelaire, Poe, Condillac, Villiers de l’Isle-Adam et surtout de Mallarmé, Ravel manifeste précocement un caractère affirmé et un esprit musical très indépendant. Ayant échoué cinq fois au Prix de Rome, au grand dam de Romain Rolland (sauf en 1901, où il eut le second prix derrière André Caplet), Ravel est très vite, lui aussi, qualifié d’Impressionniste, un qualificatif qu’il refusera toujours. Il sera l’un des fondateurs de la Société musicale indépendante (opposée à la Société nationale de musique) qui travaillera à faire connaître la jeune école française. Debussy et Ravel, ces deux personnalités marquantes de la musique française se sont influencés l’un l’autre : « C’est en entendant pour la première fois l’Après-midi d’un Faune, que je compris ce qu’était la musique », dira Ravel. Fréquentant les mêmes milieux artistiques, influencés par les mêmes maîtres, ils sont, l’un et l’autre, les représentants majeurs d’une époque très féconde. Mais si Debussy se montre plus libre dans son écriture et dans son expression, la rigueur de Ravel « féconde sa sensibilité en la rendant créatrice ». On pourrait se demander pourquoi les contes de Perrault, vieux de plus de deux siècles, passionnent tout à coup les milieux artistiques. Tchaïkovski avait composé la musique pour le ballet de la Belle au Bois dormant, Ravel compose les Contes de ma Mère l’Oye. Suite de cinq pièces, écrite d’abord pour piano à quatre mains, puis pour orchestre symphonique, puis enrichie en musique de ballet, en 1912. C’est que le ballet triomphait à Paris avec les Ballets Russes qui se produisaient au Châtelet depuis 1909. D’ailleurs, Diaghilev lui avait commandé un peu plus tôt la musique de Daphnis et Chloé, sorte de symphonie chorégraphique où dansa Nijinski.

Ma Mère l’Oye comprend à l’origine 5 pièces « enfantines », pour piano à quatre mains (1908-1910), transformées en ballet en 1912. Issu de ce ballet, vous entendrez ce soir l’arrangement de Jean Barutaut, pour deux flûtes, deux harpes et piano/célesta : Prélude, Danse du rouet, Pavane de la Belle au Bois Dormant, Petit Poucet, Entretiens de la Belle et de la Bête, Laideronnette impératrice des Pagodes, Apothéose (le Jardin féerique).

Marika Blondel-Mégrelis

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